Entre teorias e bytes


Le journalisme n’est qu’un mot (en français)

Posted in Théories / Débats by fabiohp on the June 21, 2006

Adaptation de:

Pierre Bourdieu
À propos de la famille comme catégorie réalisée, ARSS,
Numéro: 100. Décembre 1993.


Merci a Olivier Tredan

Mais si l'on admet que le journalisme n'est qu'un mot, une simple construction verbale, il s'agit d'analyser les représentations que les journalistes font de ce qu'ils désignent par journalisme, de cette sorte de «journalisme de paroles» ou, mieux, de papier, au singulier ou au pluriel. Certains ethnométhodologues, qui voient dans le discours sur le journalisme une sorte d'idéologie politique désignant une configuration valorisée de relations sociales, dégagent un certain nombre de présupposés communs à ce discours, ordinaire ou savant.
Ainsi, si nous pouvons admettre, avec l'ethnométhodologie, que le journalisme est un principe de construction de la réalité sociale, il faut aussi rappeler, contre l'ethnométhodologie, que ce principe de construction est lui-même socialement construit et qu'il est commun à tous les agents socialisés d'une certaine manière. Autrement dit, c'est un principe de vision et de division commun, un nomos, que nous avons tous dans l'esprit, parce qu'il nous a été inculqué à travers un travail de socialisation opéré dans un univers qui était lui-même réellement organisé selon la division en journalismes. Ce principe de construction est un des éléments constitutifs de notre habitus, une structure mentale qui, ayant été inculquée dans tous les cerveaux socialisés d'une certaine façon, est à la fois individuelle et collective; c'est une loi tacite (nomos) de la perception et de la pratique qui est au fondement du consensus sur le sens du monde social (et du mot de journalisme en particulier), au fondement du sens commun . C'est dire que les prénotions du sens commun et les folk categories de la sociologie spontanée, qu'il faut, en bonne méthode, mettre d'abord en question, peuvent, comme ici, être bien fondées parce qu'elles contribuent à faire la réalité qu'elles évoquent. Quand il s'agit du monde social, les mots font les choses, parce qu'ils font le consensus sur l'existence et le sens des choses, le sens commun, la